Rencontre avec Antoine

Interview détaillé du numéro 6 de PopCorn consacré à King Kong de Merian Caldwell Cooper et Ernest Beaumont Schoedsack

En se promenant en librairie, PopCorn a découvert le travail d’Antoine Guilloppé. Il est auteur et illustrateur de livres pour enfants et en décembre dernier, il a publié un magnifique album intitulé King Kong. Nous avons donc décidé de l’interroger à ce sujet…


Il y a un côté très cinématographique dans tes albums : la lumière, le contraste, le noir et blanc… est-ce que c'est un domaine qui t'inspire particulièrement ? En quoi ?

Depuis mes 9 ans, je regarde des films. En 1980, il n’y avait pas autant de possibilités pour voir un film. Il y avait la télévision ou le cinéma. Aller au cinéma était exceptionnel. Par contre, mon papa avait acheté un magnétoscope (l’ancêtre du lecteur Blu-ray). J’ai pu voir et surtout revoir des centaines de films ! C’était mon passe-temps favori. Des westerns aux films policiers en passant par les comédies et les films en noir et blanc, rien ne m’arrêtait. Du chef d’œuvre au pire navet ! Je voyais tout ce qui pouvait se voir.

Quels films ont marqué ton enfance ? T’inspirent-ils dans ton travail d’illustrateur ?

C’est difficile de ne répondre que par quelques films. Car ayant choisi de travailler dans l’édition  jeunesse, je dois avouer que mes inspirations sont plutôt issues des films adultes ! Je peux citer quelques westerns comme Les 7 mercenaires, Le bon la brute et le truand ou encore Il était une fois la révolution. Mais aussi La grande évasion, Les dents de la mer ou bien encore King Kong ! Alors, oui, les cadrages utilisés au cinéma m’ont fortement influencé. J’ai appris au fil du temps les notions de plongée, contre-plongée, gros plan, travelling. Tous ces codes cinématographiques n’ont cessé de m’influencer. Quand je dessine une histoire, il me vient toujours à l’esprit cette idée de mettre en scène mes personnages. Comme un réalisateur le ferait avec ses acteurs.

Tu crées tes illustrations en papier découpé. Pourquoi cette technique était appropriée pour King Kong ?

J’ai développé cette technique de papiers découpés depuis 2010 avec le soutien de mon éditrice chez Gautier-Languereau. Cela a été une révélation graphique et technique formidable. Le résultat est tellement satisfaisant que quand il a été question de faire ce livre tiré du film King Kong il m’est apparu évident de le travailler avec cette technique. Elle offre des possibilités de surprises à chaque fois que l‘on tourne la page. Le jeu des lumières à travers la découpe permet d’animer sa lecture en jouant avec les ombres portées. Selon le rythme avec lequel on tourne la page cela permet au lecteur d’être un peu réalisateur de sa lecture, du petit film que l’on déroule dans tête quand on lit.

Comment as-tu choisi les scènes que tu as illustrées ?

Il a fallu faire des choix ! Car le livre ne pouvait pas être trop long pour des raisons techniques et financières dues au coût de ces découpes. Je ne pouvais pas en faire autant que je voulais. J’ai donc essayé de rendre l’histoire prenante avec peu de mots car je n’avais pas la place pour mettre un long texte. J’ai choisi les scènes les plus marquantes pour moi. Celles qui pourraient fonctionner le mieux avec cette contrainte de pages découpées.

Quelle était ta priorité en adaptant cette histoire en album jeunesse ? Délivrer le même message que le film ? T'intéresser particulièrement au personnage de Kong ? Transmettre au lecteur quelque chose d’autre encore ?

Quand j’écris mes propres histoires, je n’arrive pas à leur donner une fin tragique. J’ai toujours aimé la fin de King Kong car elle terriblement triste. Mais comment pourrait-elle être différente ? Ma priorité a été d’essayer de transmettre, pas ma narration dessinée, les émotions que j’ai ressenti enfant en voyant le film. Un peu d’aventure, de peur et de tristesse. Ce qui m’intéressait, c’était aussi de dénoncer la bêtise des êtres humains qui conduit ce gorille géant à sa perte. Adapter un tel monument du cinéma est très risqué car on s’expose à la critique parfois virulente des fans de ce film. J’espère que les lecteurs de PopCorn auront envie et de lire mon livre et surtout de découvrir ce classique du cinéma des années 30.

King Kong

Ils sont venus sur cette île pour tourner un film… Une île où vivent des créatures d'un autre temps, parmi lesquelles un énorme gorille.