Rencontre avec Séverine

Interview détaillé du numéro 15 de PopCorn consacré au film Le Roman de Renard de Ladislas et Irène Strewitch

Apprêtez-vous aujourd’hui à découvrir le métier de marionnettiste. Il peut intervenir dans la création de films comme Le Roman de Renard qui utilise des ciné-marionnettes animées, mais aussi au théâtre lors de spectacles. Peut-être connais-tu le personnage de Guignol ? En route pour les coulisses de théâtre où Séverine Levasseur te raconte tout de la marionnette et de son métier.


Comment es-tu devenue marionnettiste ?

Je cherchais des cours de théâtre après mes études de philosophie. Je suis tombée par hasard sur une formation de marionnettiste. Cela m’a tout de suite parlé, je n’y aurais jamais pensé et pourtant j’ai toujours bricolé avec mon père, menuisier, tricoté avec ma grand-mère et adoré les travaux manuels. Tout ça mêlé au métier d’acteur, marionnettiste m’a paru un métier évident !

Tu fais des ateliers, comment apprend-on aux enfants à faire des marionnettes ?

Je propose les mêmes activités aux adultes et aux enfants. On travaille en deux temps. D’un côté, comme les acteurs : la voix, le chant, l’élocution, l’improvisation. Et d’autre part, la création manuelle des marionnettes. On adapte les ateliers mais le principe est le même à tout âge. C’est un travail très complet, il y a tellement de techniques différentes. La notion même est vaste, un objet est appelé « marionnette » dès lors qu’on lui donne vie : une boule à thé avec deux épingles pour faire des yeux peut être une marionnette !

Quelles sont les étapes de la fabrication d’une marionnette ?

On en dessine toujours une avant. Pour les marionnettes les plus longues à fabriquer, on modèle d’abord la forme dans la terre, puis on crée un moule en plâtre dans lequel on coule ensuite du latex afin d’obtenir une forme souple. On peut aussi tapisser de couches de papier pour avoir une forme rigide. Puis on ponce et on peint dans le but de lisser et donner du relief au personnage. On peut travailler les perruques et les costumes, les coudre ou les coller. Je travaille sur un spectacle avec des marionnettes en papier, elles sont beaucoup plus rapides à créer mais s’abîment très vite, il faut les reprendre à chaque spectacle voire les refaire entièrement !

Tu fais un spectacle en ce moment, d’où vient ton inspiration ?

Je travaille sur le conte Les Trois Petits Cochons et j’aime beaucoup les univers miniatures. Je me suis inspirée d’un dessin de mon fils pour faire des marionnettes à doigts. Comme elles sont en tissu, je les couds et les brode. J’ai la chance d’avoir une famille qui m’inspire beaucoup et participe à mes projets. Mes enfants ont beaucoup d’imagination et mon mari est bruiteur. Il m’accompagne dans les spectacles et crée des bruits à l’aide d’instruments ou de petits objets. Par exemple, une flûte à coulisse pour le souffle du loup sur les maisons des petits cochons. Mon père était menuisier, il m’a construit un petit castelet. Mes filles chantent avec les autres enfants durant le spectacle, et du haut de ses 12 ans, mon fils a fait mon site internet, mon logo et monté une vidéo. Je demande l’avis de ma mère et de mon frère, ils m’aident à trouver les décors. Toute la famille s’y met !

Quel est ton quotidien en tant que marionnettiste ?

Je travaille sur plusieurs projets en même temps. Certains sur lesquels je travaille avec d’autres metteurs en scène, d’autres fois où on me commande des spectacles, ce sont souvent des médiathèques, des écoles ou des festivals.


Quelle est ta technique de prédilection ?

Je suis attirée par la miniature, mais, dans mon travail ma marionnette de prédilection est plutôt la marionnette traditionnelle qui est la marionnette à gaine. J’explique aux enfants que les marionnettes sont comme des instruments de musique. On peut connaître différents instruments, différentes techniques. Il y a plusieurs familles de marionnettistes, comme pour les musiciens. Par exemple, je ne sais pas travailler la marionnette à fil, qu’on agite depuis la hauteur. Mais comme pour la musique, il existe une marionnette d’exercice qui est la marionnette à gaine. L’équivalent du piano pour les musiciens. Ça permet d’appréhender les autres types de marionnettes. Ce sont les marionnettes de guignol, on les enfile dans la main et on les manipule derrière un castelet. C’est la toute première marionnette sur laquelle on apprend, c’est un instrument de composition, c’est la marionnette traditionnelle.


Pourquoi faire une oeuvre en marionnettes ?

Pour mon spectacle La Petite Fille aux allumettes, qui utilise des marionnettes en papier, c’était très clair. L’idée était de montrer la fragilité de ce personnage qui souffre dans la rue. Pour Les Trois Petits Cochons, je souhaitais que les enfants s’identifient, les marionnettes à doigts plaisent aux tout petits. Dans le cas de Boucle d ’or, je voulais toucher aussi les adultes qui comme moi sont resté de grands enfants. J’ai privilégié des jouets et des personnages de petite taille, en insistant sur le côté poupée. Dans les spectacles destinés à un public adulte, on utilise la marionnette quand on veut dénoncer quelque chose de violent par exemple, cela permet de faire plus facilement passer un message fort.

Dans Le Roman de Renard, quelles marionnettes sont utilisées ?

Ce ne sont pas les mêmes marionnettes qu’au théâtre, elles ne sont pas animées par un marionnettiste en direct. Les ciné-marionnettes sont déplacées image par image, à la main. C’est très long car il faut être très précis dans les mouvements. À force, les membres se cassaient et il fallait les remplacer. La Lionne était dotée d’un mécanisme à l’intérieur du corps, relié par une vis sans fin qui lui permet de respirer.